Waterloo : on se concentre !
J’ai lu pendant longtemps des ouvrages qui saluaient l’entrée en campagne de l’Armée Française en 1815. Le jour où j’ai pris le temps d’implanter les points sur la carte, j’ai compris pourquoi tout cela pouvait être considéré, à juste titre, comme une prouesse.
Précision liminaire importante : il existe de nombreuses sources sur cette entrée en campagne et des écarts, notamment sur les dates, peuvent se faire jour selon les auteurs. Notre billet a pour objectif de vous donner une tendance “globalement fiable” sur ce qui a été accompli, sans nécessairement prétendre à l’exhaustivité concernant les kilomètres quotidiens parcourus. La seule certitude est que tout le monde était en place le 14 au soir, la veille d’entrer en Belgique.
Selon l’historien Houssaye, l’armée Française se composait :
du 1er corps de Drouet d’Erlon, composé d’environ 20 700 hommes, partant de Lille et alentours les 9-10 juin, et arrivant le 14 juin à Solre-sur-Sambre (à l’époque Solre-sur-Sambre était encore en France), soit 100 km en 4 jours : 25 km par jour !
Trajet du 1er corps de Drouet D’Erlon
du 2ème corps de Reille, composé d’environ 25 200 hommes, partant de Valenciennes et alentours le 11 juin, et arrivant le 14 juin à Leers Forsteau (à l’époque Leers Forsteau était encore en France), soit 60 km en 3 jours : 20 km par jour !
Trajet du 2ème corps de Reille
du 3ème corps de Vandamme, composé d’environ 18 100 hommes, partant de Mézières et alentours les 7-8 juin, et arrivant le 14 juin à Beaumont (à l’époque Beaumont était encore en France), soit 75 km en 6 jours : 10 à 15 km par jour (des “petits joueurs” par rapport à leurs collègues)
Trajet du 3ème corps de Vandamme
du 4ème corps de Gérard, composé d’environ 15 400 hommes, partant de Metz et alentours le 7 juin, et arrivant le 14 juin à Philippeville (à l’époque Philippeville était encore en France), soit environ 200 km en 7 jours : 30 km par jour !
Trajet du 4ème corps de Gérard
du 6e corps de Lobau — mon Mouton est un lion —, environ 10 800 hommes, mis en mouvement le 9 juin sur l’axe Soissons-Laon-Avesnes, et placé le 14 en avant de Beaumont, soit là encore près de 20 km par jour !
Trajet du 6ème corps de Mouton
Nous ne détaillerons pas le trajet de Napoléon qui partit le 12 juin de Paris (tôt le matin) et arriva le 14 juin à Beaumont soit 250 km en deux jours (les chevaux n’étaient sans doute pas aux 35 heures par semaine).
Les ennuis de Grouchy, qui commandait la réserve de cavalerie — environ 13 100 hommes — commencèrent déjà. Son quartier général était à Laon lorsque les ordres de concentration tardèrent à lui parvenir. Il lança aussitôt ses quatre corps vers la frontière à marches forcées. Selon Houssaye, plusieurs régiments durent parcourir jusqu’à vingt lieues sans débrider — de l’ordre de 80 km. Une entrée en campagne dont les chevaux se seraient volontiers passés.
Nous terminerons évidemment par les meilleurs, la Garde, composée d’environ 20 700 hommes, qui partit vers le 3 juin de Paris pour arriver le 14 à Beaumont, soit près de 25 km par jour.
Trajet de la Garde
La prouesse paraît encore un peu plus sérieuse quand on sait ce que chaque soldat d’infanterie prenait dans son havresac (voir liste juste après). Vous noterez la présence d’un nécessaire de rasage. En effet, même s’ils devaient loger dans des conditions épouvantables, les soldats veillaient toujours à être propres. Napoléon était d’ailleurs le premier à donner l’exemple. En campagne, il pouvait fréquemment négliger son sommeil mais jamais son rasage quotidien.
Photo prise par l’auteur au musée de Ligny
Photo prise par l’auteur au musée de Ligny.
Le fantassin ne faisait pas de randonnée légère. En plus du havresac, il portait sa giberne (boite à munitions) et son fusil. Le tout pouvait représenter un poids de 20 à 30 kg.
Photo prise par l’auteur du musée de Ligny
A cette époque, pas de Décathlon ou de Vieux Campeur.
La fondation Napoléon précise “qu’à son incorporation ou au début d’une campagne, le soldat a trois paires de souliers, dont on ne distingue pas le pied droit du pied gauche. Les semelles sont cloutées, et il n’existe que trois tailles. Souvent confectionnés de mauvais cuirs, les souliers se détériorent après quelques jours de marche. Portées sans chaussette, pour assouplir le godillot et les pieds, il est conseillé d’enduire l’intérieur avec un mélange d’œuf, de suif et d’eau-de-vie. Pour tenter de se garantir du froid pendant les campagnes d’hiver, les soldats peuvent garnir les chaussures de feutre”
Dans un prochain fragment, nous regarderons comment l’on nourrit une pareille machine : hommes, chevaux et autres.
Puis nous nous intéresserons à ceux qui la commandent : un seul Berthier vous manque… et tout est dépeuplé.
Le cadre sera alors posé. La bataille pourra commencer.
Les ennuis également…
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