Napoléon était-il naturopathe ?
Posée ainsi, la question semble absurde : entre deux campagnes, Napoléon n’a jamais ouvert de cabinet de consultation. Pourtant, et comme nous allons le voir, le rapport de l’Empereur avec le monde de la santé était assez complexe.
Dans de nombreux domaines, Napoléon a posé le socle de la France moderne. La médecine n’a pas fait exception. Bonaparte arriva après la Révolution, les corporations avaient été abolies. Pour caricaturer, n’importe qui pouvait faire profession de n’importe quoi, ou presque.
La loi du 10 mars 1803 va y mettre de l’ordre. Citons son premier article : « Nul ne pourra exercer la profession de médecin, de chirurgien ou d’officier de santé, sans être examiné et reçu comme il est prescrit par la présente loi. »
Organisation des formations, liste des personnes habilitées à exercer… Comme sur tous les sujets, Napoléon supprime l’anarchie et met de l’ordre afin que le pays fonctionne.
Alexandre Véron-Bellecourt, Napoléon Ier visitant l’infirmerie des Invalides, 11 février 1808, 1809. Château de Versailles. Domaine public – Wikimedia Commons.
Mais cette activité débordante traduit-elle pour autant une admiration sans réserve de l’Empereur pour le corps médical ?
Rien n’est moins sûr.
Rapportons quelques-unes de ses paroles :
« Je ne veux pas avoir deux maladies, celle de la nature et celle du médecin. »
« Notre corps est une machine à vivre, et il est organisé pour cela, c’est sa nature : laissez-y la vie à son aise, qu’elle s’y défende elle-même ; elle fera plus que si vous la paralysiez en l’encombrant de remèdes… »
Au fond, Bonaparte était un personnage sans doute bien plus complexe que les apparences. Nul doute que le médecin, en tant que notable, l’intéressait comme un élément structurant de la société. Parallèlement, il est possible qu’il soit issu d’une culture où des pratiques ancestrales comme le jeûne ou la diète aient contribué à façonner sa conception de la meilleure manière de gérer les maladies. Dans pareil cas, Napoléon était consommateur de bouillon de poulet.
Pour un homme qui déjeunait en 10 minutes, et passa une bonne partie de son existence à dormir dans des bivouacs, lors de rudes campagnes militaires, cette manière de se soigner lui réussit globalement assez bien. Quelques années plus tard, lorsque son état se dégrada sérieusement sur l’Île de Sainte Hélène, elle ne suffit pas à le sauver.
Alors, Napoléon naturopathe ? Certainement pas. Napoléon, en revanche, fit avec la médecine ce qu’il faisait avec à peu près tout — la religion notamment : il l’organisa pour les autres, puis se réserva le droit de penser par lui-même. Et, quitte à choisir entre le médecin et la nature, il semble qu’il ait longtemps préféré faire confiance à cette dernière.