Le Parc Montsouris
Par un beau dimanche du mois d’août, avec mon inséparable canotier et mon tee-shirt “le Citron”, me voilà en route vers le parc Montsouris, dans le 14e arrondissement de Paris. J’aime cette ville. Je n’ignore pas tous les griefs que l’on peut formuler contre elle — dont certains sont fondés —, mais l’Histoire y est partout, à chaque tournant, dans chaque ruelle. Pour moi, Paris est une inépuisable source d’émerveillement.
Mes pas me conduisent d’abord boulevard Auguste-Blanqui. Je me souviens d’Higelin, que j’écoutais dans ma lointaine jeunesse. Avec sa voix cassée, il chantait : « le parc Montsouris c’est le domaine… ». Sa musique, teintée de nostalgie, résonne dans mes oreilles.
J’observe les vendeurs qui remballent leurs étals de fruits et légumes bon marché, mais aussi de vêtements ne respectant sans doute pas les derniers standards éthiques. Ils travaillent un dimanche d’août pendant que la ville se repose. Mes maigres connaissances me rappellent que Blanqui fut l’un des théoriciens du socialisme révolutionnaire — je n’en sais guère davantage. Je me demande ce qu’il aurait pensé de la scène. Sans doute y aurait-il trouvé de quoi nourrir sa colère contre notre société ?
Je bifurque ensuite rue de la Glacière. J’ignore si le nom a quelque chose à voir avec la conservation des denrées…
Me voilà maintenant dans mon élément : l’avenue Reille. À Waterloo, le général Reille commandait le IIe corps, auquel appartenait la division de Jérôme Bonaparte, frère de Napoléon. C’est Jérôme qui mena l’assaut contre la ferme d’Hougoumont. Il s’y acharna avec vaillance et, sans doute, un peu trop d’entêtement.
Je termine ma marche d’approche place Jacques-Debû-Bridel. Membre fondateur du Conseil national de la Résistance. En ce temps là, siégeaient autour de la même table gaullistes, communistes, socialistes, démocrates-chrétiens et syndicalistes. Ils n’avaient qu’une idée en tête : l’intérêt supérieur de la France. C’était il y a bien longtemps… Je repense au film récent sur De Gaulle et j’ai des frissons.
Je pénètre dans le parc, créé sous l’impulsion de Napoléon III. Je suis saisi par le contraste entre des gens seuls, absorbés par leur téléphone, des familles qui pique-niquent et des enfants qui jouent.
Higelin « …où j’me décrasse les antennes des mesquineries de la vie… »
De très beaux arbres m’entourent, dont certains sont centenaires. Je tombe sur un panneau consacré à Michel Piccoli. Je me souviens de son rôle de pape dans Habemus Papam. On y découvre que ce pape, dans sa jeunesse, aurait rêvé de devenir acteur. Tout un programme ! Le film était drôle et Piccoli excellent.
« …Y a même un kiosque à musique, où des militaires jouent à moitié faux… ». Aujourd’hui, c’est complètement faux qu’un groupe de rock joue. Je crois vaguement reconnaître du Radiohead.
Je demande ensuite à quelques promeneurs s’ils connaissent la Mire du Sud. Regards interloqués.
— La Mire du quoi ?!
Je leur explique qu’il s’agit d’un monument édifié en 1806 afin de matérialiser le méridien de Paris, au sud de l’Observatoire. Visiblement, personne ne la connaît.
Je demande alors à mon I.A. favorite où se trouve cette fameuse Mire. Elle m’indique le 2, rue Gazan. Me voilà bientôt à l’entrée du parc : aucune Mire à l’horizon. J’ai alors l’idée lumineuse de regarder le plan. La Mire se trouve à l’autre bout du parc, près de l’endroit où j’étais quelques instants auparavant. J’étais passé à deux pas d’elle sans le savoir.
Je n’ai plus l’énergie ni le temps de revenir sur mes pas. Demain, une longue journée de travail m’attend.
Je reviendrai.
« Le parc Montsouris, c’est le domaine… »