Carte postale : le musée Schweitzer à Gunsbach

Albert Schweitzer est né en 1875 à Kaysersberg. Littéralement, la ville de l'Empereur. En ce temps-là, l'Alsace était allemande. Très vite, sa famille s'installa à Gunsbach, dans la vallée de Munster, où son père fut pasteur pendant plus de 50 ans. Le village abrite aujourd'hui un musée consacré à sa vie et à son œuvre.

Pour nous y rendre, nous passons par le parc éponyme, situé à Munster. Celui-ci accueillit en son temps Franz Liszt et Napoléon III. Les arbres centenaires semblent fatigués par la canicule estivale.

Nous longeons ensuite la Fecht, où des photos amusantes de vaches rythment nos pas. Ne manquent que les clarines pour marquer la cadence.

Vue du musée à Gunsbach

L'homme était hors du commun : dès l'âge de 21 ans, il décida de partager sa vie en deux. Jusqu'à ses 30 ans, ce serait théologie, science et musique. Ensuite, il entreprendrait des études de médecine pour dédier le reste de son existence au bien-être de ses semblables et fonder ainsi le fameux hôpital de Lambaréné. Organiste de très haut niveau, il continua toutefois à donner régulièrement des récitals pour financer ses projets humanitaires.

Le musée comprend la maison d'origine que Schweitzer fit construire en 1928 et, dans son prolongement, une extension récente. Une fois la boutique traversée, nous pénétrons dans une pièce qui retrace sa vie à Lambaréné. Nous y découvrons une foule de souvenirs : des outils qui servirent à construire l'hôpital, ceux utilisés pour soigner, des carnets de santé, le règlement de l'hôpital, des commandes de médicaments, la liste des malades soignés, l'emploi du temps des journées, les photographies des médecins et collaborateurs africains, etc.

Mais il y a aussi plein de tiroirs à ouvrir et qui recèlent des trésors : la blouse du Dr Schweitzer, des bandages fabriqués par des bénévoles en Alsace, le trousseau des infirmières, les blocs de savon de Marseille offerts pour Noël aux malades...

Schweitzer est parmi nous. Avec sa voix de ténor léger, dans un allemand mâtiné d'un accent alsacien très prononcé, il nous explique le fonctionnement de l'hôpital. Ici, pas de sécurité sociale, mais des dons et beaucoup d'huile de coude. Chacun apportait sa pierre à l'édifice, selon ses moyens.

Pour se nourrir, pas de Sodexo ni consorts. L'alimentation était locale, frugale, à base de bananes, de riz, de manioc et de bananes plantains. Les chargements arrivaient en pirogue sur le fleuve Ogooué. La distribution des rations alimentaires nécessitait une grande vigilance, car certains essayaient de récupérer plusieurs portions. Les proches pouvaient dormir à proximité des malades. Schweitzer veillait personnellement à ce que chacun dispose d'un lit pour se reposer.

Ses chaussures africaines sont exposées. Leur largeur m'impressionne.

Nous passons ensuite dans une salle retraçant ses voyages. Pas plus grande qu'une cabine de bateau. Le trajet jusqu'à Lambaréné durait trois semaines, voire davantage. Les malles et leurs étiquettes sont une invitation au voyage. Pour soigner, donner des conférences ou des récitals, l'homme parcourait le monde.

Nous quittons la salle des voyages, aménagée dans la cave de la maison, et empruntons un escalier étroit qui, tel un boyau, nous conduit au cœur de son quotidien alsacien.

À son sommet, nous débouchons dans le vestibule de la maison. L'émotion est immédiate. Quelques-unes de ses malles y sont encore entassées, comme s'il venait tout juste de rentrer de Lambaréné ou s'apprêtait à y repartir. On s'attend presque à le voir surgir, un chapeau à la main, prêt à reprendre la route.

Nous traversons ensuite la cuisine, le séjour, le salon de musique et son cabinet de consultation.

Chaque pièce dévoile une nouvelle facette de Schweitzer. Son enfance heureuse, ses études, son mariage avec Hélène Bresslau, à qui il doit tant… Nous découvrons aussi un homme de tempérament réservé, mais doté d'une grande capacité à rire, même si la misère du monde l'empêchait de profiter pleinement de l'existence.

Dans un bref extrait de film, nous le découvrons remerciant des voisins venus lui apporter des fruits et des légumes. L'homme semble d'un abord très simple. Il est tout sourire et plaisante allègrement.

Enfin, nous arrivons dans une salle qui recense ses échanges avec les grands de ce monde. Il correspondit avec Kennedy et Khrouchtchev afin d'œuvrer pour le désarmement atomique. Le dalaï-lama, Einstein, rois et reines figurent également parmi ses illustres interlocuteurs.

Correspondance avec JFK

Correspondance avec Albert Einstein. Ils avaient en commun une profonde opposition à la bombe atomique.

Traduction de la correspondance avec Einstein

Rencontre avec Élisabeth, reine des Belges

Correspondance avec Élisabeth, reine des Belges

Correspondance avec Élisabeth II, reine du Royaume-Uni.

J'apprends que l'homme était apparenté à Jean-Paul Sartre (on ne choisit pas sa famille).

Il était également proche du grand Stefan Zweig. En son temps, Gunsbach devint un haut lieu de la pensée et du pacifisme.

Il y aurait tant à dire que dix cartes postales ne suffiraient pas à rendre hommage à ce prix Nobel de la paix. Son esprit est partout au cours de cette visite. L'émotion se niche dans chaque détail, chaque extrait, chaque fragment.

Albert Schweitzer est mort en 1965, à 90 ans, à Lambaréné.

Nous repartons d’un pas léger, admirant fleurs et insectes que nous rencontrons. Son esprit est toujours vivant. À chacun de nous de s'en emparer.

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