Carte postale du site de la bataille de Crécy

Avant de me rendre sur le site de la bataille de Crécy, dans la Somme, j’écoute une émission de Franck Ferrand. Celui-ci m’apprend que le 26 août 1346, jour de l’affrontement, la chaleur était accablante. Je me demande si une telle météo était courante ou exceptionnelle pour l’époque. Près de 680 ans plus tard, alors que j’arrive au musée de Crécy, la température dépasse allègrement les 35 °C. Je suis donc dans des conditions idéales pour tenter de comprendre ce qui s’est passé.

Le personnel du musée m’explique avec patience et indulgence les origines de la guerre de Cent Ans, qui dura en réalité 116 ans. J’ai l’impression qu’il me résume un épisode de Game of Thrones.

Je m’accroche et j’arrive à comprendre que tout se joue à la mort des fils de Philippe le Bel. Ses trois fils vont successivement régner, mais aucun ne laissera de fils pour poursuivre la lignée. Il y aura bien Jean Ier le Posthume, fils de Louis X, mais celui-ci ne vivra que cinq jours.

Pour donner une suite à la couronne de France, on va alors chercher du côté de Charles, comte de Valois, frère cadet de Philippe le Bel. Le choix se porte plus précisément sur son fils, Philippe VI, qui n’est donc pas un descendant direct de Philippe le Bel.

Vous me suivez toujours ?

Sauf que la fille de Philippe le Bel, Isabelle de France, s’est mariée avec Édouard II, roi d’Angleterre, et qu’ils ont eu un fils aîné, Édouard III. Ce dernier est un descendant direct de Philippe le Bel. Mais cette lignée vient d’une fille, et à l’époque les filles…

Ajoutez à cela des tensions autour de la Guyenne (pour simplifier sommairement, la Gironde actuelle) et de la riche Flandre, et nous voilà partis pour 116 ans de conflits.

Donc, si je résume, la guerre de Cent Ans, c’est un repas de famille entre cousins qui a mal tourné. Toute ressemblance avec d’autres familles ne serait que fortuite.

J’arrive sur le site de la bataille. Les passionnés qui font vivre le musée ont reconstitué la tour d’observation supposée d’Édouard III. Au loin, j’observe des éoliennes. Tels des moulins à vent modernes, elles m’évoquent Don Quichotte. Pour le coup, je trouve qu’elles ont leur place.

La pente est importante. Il y a plus de 40 mètres de différence entre le bas et le haut du site. Le but de la bataille pour les Français était d’atteindre le haut de la butte et d’en chasser les Anglais.

Tuons tout suspense. Les Français n’y arriveront pas.

Rien ne se passera comme prévu. Les excellents arbalétriers génois, côté français, sont envoyés au combat sans leurs habituels boucliers. Ils se feront laminer par les archers anglais qui ont une cadence de tir supérieure. La cavalerie française chargera de manière désordonnée. Un désastre.

Une bataille opposant Anglais et Français dans une pente. Je pense inévitablement à Waterloo. Je me demande si Napoléon avait étudié la bataille de Crécy. En aurait-il tiré quelque enseignement face aux folles charges de cavalerie de Ney ?

Mais, comme toujours chez les Français, même dans la déroute, il y a de formidables morceaux de bravoure.

Nos cavaliers mirent notamment en grand danger Édouard de Woodstock, fils d’Édouard III, dit également le Prince Noir. Dommage qu’ils aient échoué : l’humanité aurait peut-être été débarrassée d’un personnage qui allait laisser quelques pages particulièrement sombres dans l’Histoire.

Mais la palme du courage est à décerner côté français à Jean de Luxembourg. Ce roi de Bohême, devenu aveugle, aurait demandé à ses compagnons d’armes de l’attacher à eux afin de pouvoir charger les Anglais alors que tout était perdu.

À cet homme, il manquait la vue, pas le panache.

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