Carte postale : ne dites pas à ma mère que je vais à Abbeville
Je me souviens d’une série télévisée, il y a quelques années, qui s’intitulait « Ne dites pas à ma mère que je vais en… ». L’auteur y égrenait la liste de pays ayant mauvaise réputation — Iran, Corée du Nord, etc. — et le but de ses voyages était de montrer au plus près la vie quotidienne des gens, loin des clichés. Je trouvais l’idée noble.
Lorsque j’ai annoncé à mes proches et relations que j’allais passer près de dix jours à Abbeville, aux portes de la Baie de Somme, je pense que les réactions furent assez similaires :
« Abbeville !? Mais que vas-tu faire là-bas ? Il n’y a rien à voir ni à faire ! C’est la Somme, c’est moche… »
Si les gens savaient !
Posons tout de suite le cadre : Abbeville fut un centre stratégique important au cours de la Première Guerre mondiale. Durement touchée et partiellement détruite au début de la Seconde Guerre mondiale, elle fut au cœur d’importants combats en 1940, où de Gaulle s’illustra à la tête de la 4e DCR, quelques jours avant d’être nommé général. Cela malmène au passage le mythe, encore ânonné par certains, selon lequel les Français auraient perdu en 1940 sans combattre.
Aujourd’hui, la ville accorde encore une large place à l’automobile. Il faut dire qu’il y a beaucoup de pavés et qu’en période hivernale, sous la pluie, ils doivent être bien glissants.
Abbeville possède le superbe parc d’Émonville, havre de paix en plein centre-ville, ainsi que le parc de la Bouvaque, peuplé d’oiseaux.
Autrefois richement dotée grâce à l’industrie textile, notamment avec la manufacture royale des Van Robais, famille protestante venue des Provinces-Unies, la ville conserve un superbe patrimoine, encore visible à travers de magnifiques hôtels particuliers. Bien que quelques circuits soient fléchés, l’ensemble me semble encore insuffisamment mis en valeur.
vue des anciens bains douches, il y a de superbes vitraux à l’intérieur que vous pouvez visionner sur internet
Citons également les vitraux de Manessier à l’église du Saint-Sépulcre et la collégiale Saint-Vulfran.
vue d’une porte de la Collégiale Saint Vulfran
Le marché, deux fois par semaine, nous a même permis de goûter une pastèque du Nord. Un concentré de sucre et de soleil.
Terminons par le plus important : les gens. À l’avenant du reste de notre séjour : discrets, pleins d’humour, faciles d’abord et toujours prêts à vous aider.
Vous pouvez dire que je suis allé à Abbeville, mais ne le répétez pas trop.
J’ai envie de garder l’endroit pour moi.