Faites à votre aise
Avant de vous raconter Fleurus, Ligny, Wavre ou Waterloo, j’ai envie de commencer par ceux qui habitent aujourd’hui ces paysages.
Je suis arrivé en Belgique avec mes cartes, mon canotier, mon tee-shirt du Vieux de la Vieille et cette manie un peu étrange de photographier les rivières, les champs de maïs, les sous-bois, les chemins creux et les plaques commémoratives. Je venais chercher les traces de la campagne de 1815. Je ne m’attendais pas à trouver, en plus, une telle qualité d’accueil.
Durant cette semaine, j’ai rencontré des gens discrets, polis, disponibles, toujours prêts à discuter et à rendre service. Un paysan m’a invité dans sa cour pour me montrer des bâtiments datant du XVIIe siècle. Une dame habitant la ferme où Grouchy aurait entendu le canon a longuement échangé avec moi. Ailleurs, on m’a conseillé de sonner à une porte pour visiter un lieu privé, comme si cela allait de soi.
Une expression revenait souvent : « Faites à votre aise. »
Elle résume assez bien ce que j’ai ressenti. Prenez votre temps. Ne vous gênez pas. Regardez. Demandez. Entrez, peut-être. Soyez simplement là, sans brusquer les choses.
On ne visite pas seulement un pays. On apprend peu à peu la manière d’y être accueilli.
Je ne me verrais sans doute pas vivre en Belgique. Pourtant, la cohabitation quotidienne avec les Belges m’a semblé d’une grande douceur. Peut-être parce que je suis moi-même descendant d’immigrés espagnols qui ont voulu s’intégrer pleinement à la France sans jamais renier leurs origines. Peut-être cela m’a-t-il rendu particulièrement sensible à cette idée : on peut ne pas être d’un lieu et, malgré tout, y être reçu avec bienveillance.
Cette semaine en Belgique sur les traces de la campagne de 1815 m’a offert davantage qu’un voyage historique. Elle m’a donné une forme de paix.
Avant de parler des morts, des marches, des erreurs de commandement et des batailles, je voulais simplement rendre grâce à ceux qui vivent aujourd’hui sur ces terres et qui, par leur gentillesse, m’ont permis de m’y sentir un peu chez moi.